Merci Calepin !
Pour Marin, l'été 76 restera celui des premières amours. A 13 ans, il n'est plus tout à fait un enfant, pas encore vraiment un adolescent et le monde des adultes l'intrigue. Heureusement,
il y a Lisa, qui à 10 ans en paraît bien plus, la faute aux adultes, sûrement...
Les parents de Marin sont agriculteurs en Corrèze, l'été, ils sont dans les champs du matin au soir, le fiston est donc envoyé près de Royan, sur l'Atlantique, prendre le bon air de l'océan et tenir compagnie à l'oncle Abel bien seul depuis la mort de la tante Louise. C'est là qu'il retrouve Lisa, abandonnée presque tous les matins aux bons soins de l'oncle Abel par des parents pressés et overbookés qui ont bien d'autres choses à faire que de s'occuper de leur fille. Elle ne les voit pas souvent ses parents Lisa, tout comme elle ne voit jamais non plus sa petite soeur de 4 ans au visage lunaire qui vit très loin en Mongolie... Lisa est une enfant silencieuse, au regard triste, personne ne la prend jamais dans les bras, personne de lui a jamais appris à faire du vélo, ni à nager d'ailleurs. Marin, lui, est bien décidé à lui apprendre à nager et à partir avec elle, très loin, au pays des bêtes sauvages. Il est bien décidé aussi à lui dire qu'il l'aime à sa Lisa, même si quand il ferme les yeux pour penser à elle, c'est souvent l'image de sa mère, ex Miss Pontaillac, éblouissante de beauté, qui lui vole la vedette...
J'ai plongé dans ce roman dès les premières lignes, séduite par la plume d'Eric Fottorino que je découvre avec ce roman. Pourtant, j'en suis sûre, ce roman va en énerver plus d'un... Quelle que soit la part autobiographique que l'auteur a pu mettre dans ce récit, on ne peut s'empêcher de penser que le choix d'une narration à la première personne n'est pas innocent.
C'est donc Marin qui parle, avec les mots de l'enfance, tics de langage, fautes, inventions et trouvailles compris. C'est poétique et charmant, souvent émouvant, parfois agaçant à la longue... C'est tendre, oui, délicieux de spontanéité aussi, même si ce langage enfantin m'a souvent fait tiquer.
Qu'importe finalement, car le regard porté par Marin et Lisa sur le monde des adultes est lui loin d'être tendre ou naïf, il est même parfois cruel. L'adulte triche, ment et déçoit souvent. C'est donc un été de fin d'enfance que vont vivre Marin et Lisa, inoubliable, perturbant. On les suit le sourire aux lèvres pour les quitter à regrets une fois la dernière page tournée.
J'ai hâte de lire l'avis de Lili avec qui j'ai fait cette lecture commune, je crois savoir que je n'ai pas été la seule à avoir été enchantée par les mots de monsieur Fottorino...
Premières phrases : "J'ai entendu à la radio que l'été 76 sera le plus chaud du siècle. Tellement y a de soleil que même dans la mer àn brûle. Oncle Abel dit que c'est à cause des méduses mais moi je crois que c'est juste Lisa et sa main dans ma main quand on court dans les vagues en criant. Moi j'ai treize ans et mon nom c'est Marin si vous voulez faire connaissance. Lisa elle a dix ans mais quand elle roule son regard noir avec du grave autour alors je suis sûr qu'elle a dans les douze ans et 'est ps si mioche que ça pour une fille. On se colle tout le temps moi et Lisa. On s'est juré de continuer quand on sera grands. On a prêté serment ou sarment je sais pas. Je préfère sarment et tant pis si oncle Abel s'énerve que j'estropie les mots avec ma langue. Moi ça me brûle partout du ventre aux joues quand je vois Lisa."
Au hasard des pages : "Lisa continue de trembler. Je fais comme quand on joue à serre-mi serre-moi avec serre-mi qui tombe à l'eau et il reste Lisa contre moi avec ses larmes et ses frissons qui veulent pas finir. Combien de temps se passe ? Tout à l'heure la mer était très loin. Le sable était sec sous nos pieds. On entendait à peine les vagues. Maintenant on est presque dans l'eau. Le chagrin de Lisa a inondé la plage. Des enfants jouent. Des enfants comme nous mais on est plus des enfants moi et Lisa." (p. 144)
Éditions Gallimard (Août 2011)
205 p.
Un grand merci à Abeline pour sa confiance...