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Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 06:00

enola-game.jpg

 

Je n'aurais jamais pensé être si bouleversée par ce roman...

Avant d'en commencer la lecture, je n'avais lu qu'un seul avis sur Enola game, celui de Clara, c'est d'ailleurs un peu ce qui m'a poussée à accepter la gentille proposition des éditions Dialogues de le découvrir.

J'allais me coucher quand j'en ai lu les premières lignes, juste pour me faire une idée du style de l'auteur de ce premier roman, en pensant le commencer réellement le lendemain. Il était minuit.

Je l'ai reposé deux heures plus tard, en pleurs... Il m'a fallu beaucoup de temps pour réussir à trouver le sommeil après... 

 

Une mère et sa petite fille de quatre ans vivent cloîtrées dans leur maison depuis une catastrophe qui ne dit pas son nom. La jeune femme est sans nouvelles de son compagnon et de sa fille aînée partie rejoindre son père. A l'intérieur, plus d'électricité, aucun moyen de communication qui fonctionne, plus d'eau potable. Dehors, un ciel opaque, de la poussière de cendre, un air vicié et irrespirable. Les autorités ont intimé l'ordre à tous les habitants de rester chez eux. Régulièrement, des "cosmonautes" armés de mitraillettes circulent en camion militaire dans les rues de la ville et déposent sur chaque palier quelques conserves et de l'eau en bonbonne. Ce jour où tout a changé, la petite l'appelle "la grande lumière", la mère, elle, parle d'Enola game ou encore d'année zéro...

Malgré l'angoisse, malgré la peur, il faut survivre, faire semblant, rassurer... Grâce à la manie de son compagnon de tout stocker, la mère et sa fille disposent de nourriture et d'eau en quantité suffisante pour tenir deux mois sans quitter la maison. Dans la garage, il y a une réserve de petit bois qui devrait leur permettre de se réchauffer encore un moment. Mais après..?

A l'intérieur, la vie s'organise, faite de petits rituels, de simulacres rassurants. Un peu de gymnastique pour se réchauffer le matin, une photo par jour pour papa tant que la batterie de l'appareil numérique tient encore, un concerto ou une sonate qu'on écoute blotties dans le noir grâce à l'énergie restante du baladeur stéréo, des chants, des jeux, des câlins sous la couette au coin du feu... Quand la petite dort, la jeune femme écrit, fait ressurgir le passé et les souvenirs sans savoir de quoi le lendemain sera fait.

Mais le temps passe, la température à l'intérieur de la maison baisse de plus en plus, les vivres diminuent. Dehors, "l'histoire a pivoté du côté des ténèbres"...

 

Je suis encore sous le choc de cette lecture... Impossible de lâcher ce roman une fois commencé. Dès les premières pages, on ressent l'angoisse de cette mère, une angoisse qui ne va plus nous quitter. Et c'est terrible... Terrible de ne jamais savoir ce qui se passe réellement. Terrible de savoir que tout cela ne peut que mal se finir. Terrible de se rendre compte que le pire est toujours à venir...

J'ai trouvé cette femme admirable, sa bataille pour voir naître un sourire sur le visage de sa fille m'a émue, ses efforts pour lui créer des repères rassurants alors que tout bascule m'ont impressionnée. Et la petite m'a bouleversée, elle qui, malgré tout, garde l'insouciance de ses quatre ans.

C'est un roman extrêmement fort qui ne peut laisser indifférent. La plume de l'auteur est précise, ciselée. Christel Diehl trouve les mots justes pour décrire la peur, jongle entre le récit des jours qui passent et les souvenirs qui ressurgissent, distille ça et là quelques notes d'espoir tout en nous faisant réfléchir à ce qui, dans la vie, compte vraiment.

Un livre court, intense, poignant qui m'a pris aux tripes et laissée KO... Un livre que je vous encourage vivement à découvrir et qui pourrait, si vous le souhaitez, devenir un livre voyageur...

 

Livre voyageur EDIT 23h : Enola game ira à la rencontre de Stéphie (son billet) Midola, Gwenaëlle, Marion, Argali, **Fleur**, Didi, Tinusia, Sarah, Lucie, Alex, Lystig, Liliba...

Je suis ravie de toutes ces escales à venir...

 

Les avis de Clara, Praline, Canel, Zazimuth, Aliénor...

 

Premières phrases : "Aux petites heures de l'aube, elle pleure en écoutant la respiration régulière de son enfant. Parfois, ses larmes silencieuses musèlent sa douleur et finissent par l'endormir comme une berceuse amère. Elle quitte toujours à regret le refuge illusoire de son sommeil aux mille cloisons mouvantes. Pour affronter le jour et ses contours finis. Le jour où ses yeux restent secs, sa voix ferme, ses gestes sûrs. Le jour pendant lequel elle revêt un habit qui n'est plus le sien, affiche un sourire emprunté au passé et s'interdit tout aveu de faiblesse."

 

Au hasard des pages : "Depuis la grande lumière, on ne voit plus le soleil. Depuis la grande lumière, on ne doit pas sortir. Depuis la grande lumière, les absents nous entraînent dans le vide qu'ils ont laissé. Depuis la grande lumière je chéris ma vie révolue. Depuis la grande lumière, je n'entends plus d'autre voix que la tienne. Depuis la grande lumière, tu es mon seul rai de toute petite et de si douce clarté." (p. 14)

 

Éditions Dialogues (Février 2012)

126 p.

 

Rentrée littéraire 2011

12/14

Par Noukette - Publié dans : Littérature française
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