Merci Calepin !
"Il est de ces textes que l'on écrit pas mais que l'on crie.
De ces textes que l'on a portés si longtemps
qu'ils sont indissociables d'une partie de votre âme.
C'est le cas d'Elle ne pleure pas elle chante.
Un texte intérieur et intime.
Pourtant, ce texte, Eric et Thierry vous avez su,
je ne sais comment, le porter avec moi et mieux encore,
le faire vivre autrement.
J'ai écrit mes mots, vous avez éprouvé des sensations
que vous avez retransmises avec votre propre langage,
votre grammaire, votre vision.
Peut-être vos peurs.
Mon cri est devenu le vôtre."
Amélie Sarn a reçu cette adaptation de son roman comme un cadeau, et on la comprend. J'avais beaucoup d'appréhension à ouvrir cette bande dessinée, à me plonger dans cette histoire que je pressentais dure. Mais parfois il faut aller au delà de ses réticences, surtout quand un tel duo d'auteurs porte un tel projet. La semaine dernière, Thierry Murat m'avait subjuguée par son adaptation du roman de Anne-Laure Bondoux, Les larmes de l'assassin. Il m'enchante encore aujourd'hui. Parfaite association avec Eric Corbeyran qui signe là un scénario tout en finesse et en sobriété sur un sujet douloureux...
Laura est réveillée par la sonnerie du téléphone. Un coup de fil qui lui apprend que son père vient d'avoir un accident de voiture et qu'il est dans le coma dans un état critique. A cette annonce, Laura ressent une immense joie... Combien de fois a-t-elle souhaité sa mort ? Laura a du mal à croire à ce qui se passe, à ce qu'il lui arrive. Elle se rend chez sa mère où elle retrouve également ses deux frères. L'ambiance y est pesante, et puis il y a cette phrase lourde de sens de sa mère : "ce n'était pas un monstre, tu sais." Plus tard, Laura accompagne le médecin de famille à l'hôpital et se rend au chevet de son père, seule. Il n'y a pas de doute, c'est bien son père cet homme qui est allongé là, sous respirateur, vivant mais presque mort... Les larmes coulent, le passé ressurgit en bloc, un passé avec lequel elle vit chaque jour et qu'elle ne peut pas oublier. Alors Laura lui parle, elle parle à cet homme qui lui a fait tant de mal et qu'elle a tant haï. Derrière la porte de la chambre 803, Laura dit ce qu'elle n'a jamais osé dire à ce père qui l'entend peut-être, peut-être pas... C'est une question de survie.
Un récit coup de poing qui m'a laissée KO... On tourne les pages en sachant très bien ce qu'on va y découvrir et pourtant on a du mal à y croire. Face à l'indicible, face à l'insoutenable, on se retrouve mal à l'aise, impuissant. Et c'est là où l'on se rend compte du talent des auteurs : sans violence excessive, ils parviennent à raconter cette histoire avec énormément de justesse, beaucoup de pudeur et de retenue. Il n'en fallait pas plus pour faire de cet album un grand coup de coeur.
Les avis de Mo', Théoma, Yaneck
© Corbeyran / Murat / Delcourt
Éditions Delcourt (Novembre 2004)
Collection Mirages
101 p.
Chez Mango et chez les autres !
Participation au challenge "Pal sèches"
organisé par Mo' la fée