Merci Calepin !
Inutile de ménager trop longtemps le
suspense, j'ai littéralement a-do-ré Crimes et jeans slim ! Polar destiné à la jeunesse, voilà un roman qui sort réellement des sentiers battus ! Publié chez Quespire, petite maison d'édition qui mérite d'être connue, ce petit livre au format carré à tout pour plaire : une intrigue qu'on ne peut pas lâcher, des
personnages bien dans notre époque et bien campés, et cerise sur le gâteau, un style et une écriture profondément jubilatoires !!! J'ai rarement autant ri, à tel point que pas mal de têtes se
sont tournées dans le RER et que mes élèves m'ont cru folle !
Trêve de superlatifs, place à l'histoire !
Adélaïde préfère qu'on l'appelle Adé. A 15 ans, si on veut se fondre dans la masse et ne pas trop se faire remarquer, mieux vaut ne pas entrer dans la catégorie des intellos et fayots de service. Pourtant, Adé est cultivée, fine, elle aime lire, elle aime apprendre et boit les paroles de son prof de français, bref, la cible idéale de toutes les bimbos du bahut. Mais Adé est intelligente, et plutôt que devenir une victime, elle a choisi de jouer un rôle : la timide Adélaïde change de peau et se rend tous les jours au lycée affublée de la parfaite panoplie "bimbo-pouffe", et ce avec la complicité de sa grand-mère chez qui elle va se changer tous les matins. Exit les petites tenues sages et passe-partout : Adé affûte ses armes, lèvres glossées, petit haut sexy, pantalon moulant et ballerines hyper "hype" sont de sortie ! Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Adé ne passe pas inaperçue, à tel point qu'elle est devenue une des filles les plus populaires du lycée, l'une des plus "fashion", présidente de la "Pouffe-Society" qui passe son temps à torturer les has-been...! Évidemment, personne ne se doute du subterfuge, son camouflage est travaillé, alors il lui faut ruser pour suivre les cours tout en faisant croire au reste de la classe et à ses professeurs qu'elle s'ennuie mortellement. Sacré pari ! Et puis il y a Thibaud, intello plutôt beau gosse, difficile de se rapprocher de lui sans avouer qui elle est vraiment !
Mais voilà qu'un tueur fou se met à s'en prendre aux bimbos : un sérial-killer a pris pour cible les lycéennes écervelées aux "moeurs dépravées" et les tue froidement d'une balle entre les deux yeux ! Les cadavres s'amoncellent et la psychose s'installe, et si Adé était la prochaine sur la liste ?
Jubilatoire, il n'y a pas d'autre mot pour qualifier ce roman détonant et hilarant ! Sûrement un des meilleurs romans pour la jeunesse toutes catégories confondues que j'ai lu depuis longtemps ! Évidemment, le côté le plus drôle selon moi est la description que fait l'auteur du monde des ados, et même si le trait peut paraître grossi par endroits (quoique...), Luc Blanvillain sait de quoi il parle : professeur de français, la faune lycéenne n'a aucun secret pour lui ! Et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est criant de vérité : règne de l'apparence, accoutrements provocants de lolita/garce/pimbêche/prédatrice, mépris des adultes, insolence, persécutions des moches et/ou intellos, bienvenue au zoo ! Le tableau est bien sûr brodé avec beaucoup d'humour et sans méchanceté. On rit franchement et on est embarqués dans une intrigue policière extrêmement bien ficelée, truffée de fausses-pistes et d'indices contradictoires, difficile de deviner le fin mot de l'histoire et l'identité du maniaque misogyne qui éradique les bimbos. A côté de tout cela, une deuxième "intrigue" tout aussi bien fichue qui met Rodrigue, le petit frère d'Adé à l'honneur, et une grand-mère atteinte de la maladie d'alzheimer, drôle malgré elle et terriblement attachante.
Allez, foncez vite lire ce petit OVNI, vraiment, ça fait du bien !
Les avis enthousiastes de Armande, Val, Saxaoul, Cacahuète, Cuné, Mathilde...
Premières phrases : "Monsieur et madame Manchec avaient eu la mauvaise idée d'appeler leur fille Adélaïde et leur fils Rodrigue. On ne pouvait pas faire tellement pire, à la fin du vingtième siècle. La vie des deux malheureux promettait d'être rude. Pourtant, les parents n'avaient pas voulu se montrer malveillants, ils étaient juste irrémédiablement romantiques. Monsieur Manchec était conservateur dans un musée, spécialiste des paysages du XVIIIe siècle, et son épouse enseignait le violoncelle. Ils vivaient dans un monde doux, beau, raffiné, qui sentait bon la cire d'abeille et le thé. Adélaïde venait d'atteindre sa quinzième année. Trois ans plus tôt, toutes ses copines étaient devenues des monstres. C'était normal. Vers douze ans, les filles deviennent des monstres. Elles rient avec des yeux terrifiants. Elles essaient d'être exactement comme les autres filles, comme les magazines pour filles de leur âge, comme les émissions pour filles de leur âge, comme les chanteuses de leur âge, elles veulent être exactement de leur âge. Des monstres. Les garçons, me direz-vous, c'est un peu pareil. Oui, mais dans cette histoire, ce sont des filles qui vont mourir. Principalement."
Au hasard des pages : "Thibaud Picard serait sûrement la prochaine victime de la bande des pouffes (oui, elles avaient formé une bande dont Adé avait, honteusement, pris la tête. La "Pouffe-Society", organisation occulte qui communiquait par SMS et par MSN. Chacune de ses membres avaient un avatar sur Myspace et des pseudos dans plusieurs forums. Régulièrement, elles réglaient leur compte aux blaireaux. C'est ainsi qu'elles avaient réussi à exiler complètement dans le fond de la classe le petit Erwan Poitevin, un intello un peu gras, le jour où il avait refusé de les aider en maths). Thibaud Picard avait le mérite d'être plutôt pas moche, et le tort, la tare, de ne tenir aucun compte des membres de la Pouffe-Society. Un mépris souverain, voilà le mot. Il se passionnait pour les cours de M. Arnoux et rendait des rédactions de dix pages, sans compter les romans qu'il écrivait (une saga de fantasy). Adé enrageait de ne pouvoir communiquer avec lui, à qui elle aurait eu tant à dire. Il la prenait pour la pire de toutes, la plus superficielle, la plus racoleuse. Il avait raison, après tout. Elle était peut-être la pire de toutes, à sa façon." (p. 34-35)
Éditions Quespire (Janvier 2010)
239 p.